L'AUTORITÉ ET LA SOUMISSION

Publié le par Roger

CHAPITRE 3 :
L'AUTORITÉ ET LA SOUMISSION

par Frank A. Viola


Comme nous l'avons vu, l'idée moderne de "couverture spirituelle" est sans appui biblique. La Bible évoque bien, il est vrai, le problème de l'autorité et de la soumission, mais il est à noter qu'elle verse beaucoup moins d'encre sur ce sujet que sur l'amour et le service mutuels.

Dès lors que sont maîtrisés dans une église les principes fondamentaux de l'amour et du service, les problèmes d'autorité et de soumission se résolvent d'eux-mêmes (et le plus souvent, ceux qui mettent trop l'accent sur ces choses cherchent plutôt à prendre eux-mêmes une place d'autorité qu'à servir les frères!).

La Bible donc, même si elle n'en parle pas beaucoup, évoque tout-de-même ces sujets. Et ils sont toujours en rapport avec le ministère mutuel dans l'église, et l'obéissance à Christ -- la Tête de toute autorité.

En discutant de ces questions, il serait bon d'utiliser uniquement le langage du Nouveau Testament. Le jargon extra-biblique ne fait que compliquer les choses. Il embrouille nos pensées et nos conversations. Si nous nous en tenons à un vocabulaire biblique, nous pourrons y voir plus clair au travers des eaux vaseuses de la tradition humaine.

La tragédie des mouvements passés.

Je vais être assez direct. La plupart de ce qui passe de nos jours pour de "l'autorité spirituelle", c'est de la folie! Le mouvement disciples/bergers des années 1970 illustre bien ce qui peut résulter d'une mauvaise application de l'autorité. Il y avait dans ce mouvement une grande confusion spirituelle, qui il a fini par dégénérer en une forme extrême de manipulation et de contrôle.

L'une des plus grandes erreurs de ce mouvement, c'était de considérer que la soumission impliquait l'obéissance inconditionnelle. Ils enseignaient aussi, à tort, que Dieu investit certaines personnes d'une autorité indiscutable sur les autres.

Bien-sûr, les dirigeants de ce mouvement avaient les motifs les plus purs. A aucun moment ils n'avaient envisagé la tournure que prendraient les choses. La plupart d'entre eux se sont depuis repenti d'avoir contribué à y donner naissance. Mais malgré tout, de nombreuses vies ont été dévastées par ce mouvement.

Souvent, on supportait l'abus spirituel en se disant que Dieu accomplit le bien malgré les erreurs commises par les dirigeants. On enseignait que les "bergers" seraient tenus responsables devant Dieu des mauvaises décisions qu'ils auraient prises. Les "brebis" ne porteraient aucune responsabilité, à condition qu'elles obéissent (aveuglément) à leurs bergers.

Ainsi, le mouvement a créé un nouveau joug de contrôle, semblable à celui de la caste cléricale. Il étouffait la libre expression de la prêtrise de tous les croyants, et il manifestait cette même domination qui caractérise les sectes. Les soi-disant "bergers" se faisaient représentants de Dieu devant les autres chrétiens, et cherchaient à contrôler les détails les plus intimes de leur vie. Et ce au nom de la "redevabilité biblique".

Les chrétiens qui avaient fait partie de ce mouvement en sont sortis brisés et désillusionnés. Ils sont devenus méfiants à l'égard de tout semblant d'autorité (certains ont connu des sorts plus cruels). Ceux qui, dans ce mouvement, avaient subi des abus de la part du clergé, ont développé une profonde aversion pour les mots tels que "autorité", "soumission" et "redevabilité." Aujourd'hui encore, ils ont beaucoup de mal à se défaire de l'image déformée de Dieu que cette expérience leur a laissée.

Il s'en suit que pour beaucoup, le sujet de l'autorité est assez sensible, car il représente un passé très chargé. A tel point que le simple fait d'employer le lexique de l'autorité les met sur la défensive.

Trente ans plus tard, l'autorité spirituelle reste un sujet émotionnellement chargé et plutôt inflammable. Ainsi, nous abordons un terrain dangereux, malgré la position que nous développerons au cours de ce chapitre.

N'oubliez pas que ce n'est jamais le simple emploi de mots bibliques qui donne lieu aux enseignements erronés. Ils résultent plutôt de ce qu'on donne à ces mots un sens qu'ils n'avaient pas à l'origine. Par conséquent, on a tellement avilé les mots tels que "l'autorité" et "la soumission" qu'il nous paraît nécessaire de leur redonner un peu d'estime, et d'en dégager les mauvaises connotations qu'ils ont acquises.

Il ne faut donc pas, pour éviter la fausse doctrine, rejeter les mots bibliques, mais plutôt leur redonner leur sens originel. Autrement dit, nous devons apprendre non seulement à parler de ce dont parle la Bible, mais aussi à en parler comme elle en parle.

Le conception biblique de la soumission

La "soumission" dont il est question dans le Nouveau Testament, c'est une attitude qui consiste à céder volontairement aux conseils ou aux exhortations d'un autre, une attitude de coopération avec l'autre.

La soumission biblique, ce n'est pas de se laisser contrôler, ni diriger. C'est simplement une attitude consistant à céder aux autres dans la mesure où ils reflètent la pensée du Seigneur.

La soumission biblique existe, et c'est une chose précieuse. Mais elle doit commencer par ce que Dieu veut, et ce que présume le Nouveau Testament: à savoir, que nous soyons tous, individuellement et collectivement, assujettis à Jésus Christ. Que nous soyons assujettis les uns aux autres dans l'église où nous vivons. Et que nous soyons assujettis aux travailleurs dévoués qui servent le Corps de Christ, et qui se sont montrés fidèles.

J'insiste sur "qui se sont montrés fidèles", car les faux prophètes et les faux apôtres abondent. C'est la responsabilité des frères locaux que d'examiner ceux qui se disent travailleurs (1 Thess. 1:5; 2 Thess. 3:10; Apo. 2:2). C'est pourquoi, la Bible nous exhorte de nous assujettir à nos dirigeants spirituels, à cause de leur noble caractère et leur service spirituel (1 Cor. 16:10-11,15-18; Phil. 2:29-30; 1 Thess. 5:12-13; 1 Tim. 5:17; Héb. 13:17).

Considérons Ephésiens 5:21, qui est particulièrement clair :

" Vous soumettant les uns aux autres dans la crainte de Christ. "

Pierre exprime sensiblement la même pensée lorsqu'il dit :

" Pareillement, vous, jeunes gens, soyez soumis aux anciens, et tous, les uns à l'égard des autres, soyez revêtus d'humilité; car Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne la grâce aux humbles." (1 Pierre 5:5, Darby)

Jamais la Bible n'enseigne l'idée de "couverture protectrice". Au lieu de cela, elle enseigne l'assujettissement mutuel. L'assujettissement mutuel du Nouveau Testament se base sur le fait que tous les croyants aient reçu certains dons, et qu'ainsi, tous soient en mesure d'exprimer Christ. Nous devons donc être soumis les uns aux autres.

Le principe de l'assujettissement mutuel découle également de la révélation du Corps de Christ. C'est-à-dire que le Corps tout entier a été investi de l'autorité Divine, et non pas une section particulière (Matt. 18:15-20; 16:16-19; Eph. 1:19-23). L'ekklesia de Dieu, c'est une société théocratique, où l'autorité Divine est répandue sur tous ceux qui possèdent l'Esprit.

Dieu n'a délégué son pouvoir à aucun individu, ni à aucune section de l'Eglise. Son autorité réside dans la communauté toute entière. Lorsque les croyants exercent leurs ministères respectifs, l'autorité spirituelle leur est dispensée à travers les dons de l'Esprit.

Au fond, l'assujettissement mutuel demande que nous soyons conscients de faire partie de quelque chose de plus grand que nous-mêmes -- un Corps. Nous devons aussi reconnaître que nous sommes, en nous-mêmes, incapables d'accomplir pleinement le dessein de Dieu.

L'assujettissement mutuel se fonde sur l'affirmation humiliante mais bien véridique, que nous avons besoin de la contribution de chacun des membres. Il reconnaît que nous ne pouvons être de bons Chrétiens tous seuls. Ainsi, l'assujettissement mutuel est indispensable à une vie chrétienne normale.

L'assujettissement mutuel implique que vous acceptez que le Seigneur vous reprenne par le biais de n'importe quel croyant; que vous acceptez la réprimande et le châtiment (venant du Seigneur) quelle que soit la main qui tienne le fouet; que vous acceptez que d'autres vous parlent par rapport à votre vie.

La conception Divine de l'autorité.

L'autorité va de pair avec la soumission. L'autorité, c'est le privilège, accordé par Dieu, de faire une certaine action. Dans le Nouveau Testament, le mot qui s'approche le plus de notre mot "autorité", c'est exousia. Ce mot dérive du mot exestin, qui désigne une action possible et juste qui peut être menée sans obstacle.

L'autorité (exousia) est en rapport avec l'interprétation et la communication du pouvoir. Plus précisément, l'autorité, c'est le droit de faire une certaine action. Les Ecritures enseignent que Dieu seul est la source de toute autorité (Rom. 13:1). Et cette autorité a été investie en Son fils (Matt. 28:18; Jean 3:30-36; 17:2).

Seul Jésus Christ possède de l'autorité. Le Seigneur a dit clairement : "Toute autorité m'a été donnée dans les cieux et sur la terre." En même temps, Dieu a délégué Son autorité aux hommes et aux femmes dans ce monde, pour accomplir certains buts précis.

Par exemple, dans l'ordre naturel, Dieu a institué diverses sphères où s'exerce Son autorité (Eph. 5:22-6:18; Col. 3:18-25). Il a établi certaines "autorités officielles" qui ont pour but de maintenir l'ordre sous le soleil. Les officiers gouvernementaux, tels que les rois, les magistrats et les juges, reçoivent cette autorité (Jean 19:10,11; Rom. 13:1; 1 Tim 2:2; 1 Pierre 2:13-14).

L'autorité officielle, c'est l'autorité revêtue par un poste fixe. Elle fonctionne indépendamment des personnes qui occupent le poste. C'est une autorité fixe, positionnelle. Aussi longtemps que la personne détient le poste, elle possède l'autorité.

Lorsque l'autorité est déléguée à quelqu'un, cette personne devient elle-même, dans une certaine mesure, "une autorité". C'est pour cette raison que les chrétiens sont tenus d'être soumis aux dirigeants gouvernementaux -- indépendamment de leur caractère (Rom. 13:1; 1 Pierre 2:13-19).

Le Seigneur Jésus, ainsi que Paul, manifestèrent un esprit de soumission lorsqu'ils se trouvèrent en présence de l'autorité officielle (Matt. 26:63-64; Actes 23:2-5). Nous de même, nous devons toujours être soumis à de telles autorités. La rébellion et le mépris de l'autorité sont le fruit d'une nature pécheresse (2 Pierre 2:10; Jude 8). Cela dit, la soumission et l'obéissance sont deux choses très différentes, qu'il ne s'agirait pas de confondre.

La soumission et l'obéissance.

En quoi la soumission diffère-t-elle de l'obéissance? La soumission est une attitude. L'obéissance est une action. La soumission est absolue. L'obéissance est relative. La soumission est inconditionnelle. L'obéissance est conditionnelle. La soumission est interne. L'obéissance est externe.

Dieu nous demande d'avoir un esprit d'assujettissement envers ceux qu'il a placés, selon l'ordre naturel, dans une position d'autorité. Mais ce n'est pas pour autant que nous devons leur obéir s'ils nous ordonnent de faire des choses qui vont à l'encontre de Sa volonté. Car l'autorité de Dieu est plus élevée qu'aucune autorité terrestre.

Cependant, il est possible de désobéir tout en étant soumis. On peut désobéir à une autorité terrestre tout en maintenant un esprit humble et assujetti. On peut désobéir tout en ayant une attitude de respect et de révérence, par opposition à l'esprit de rébellion et de mépris (1 Tim. 2:1-2; 2 Pierre 2:10; Jude 8).

La désobéissance des sages-femmes israélites (Exode 1:17); les trois jeunes hébreux (Dan. 3:17-18); Daniel (Dan. 6:8-10); et les apôtres (Actes 4:18-20; 5:27-29) illustrent tous ce principe spirituel. Ils étaient soumis aux autorités officielles, mais ils ont désobéi lorsque celles-ci se sont opposées à la volonté de Dieu.

Bien que Dieu ait établi une autorité officielle dans l'ordre naturel, Il n'en a pas instauré dans l'Eglise pour autant. C'est pourquoi Paul ne mentionne pas les dirigeants ecclésiastiques lorsqu'il traite des sphères d'autorité dans Ephésiens 5-6 et Colossiens 3.

Il est vrai que Dieu a accordé aux croyants l'autorité (exousia) de mener certaines actions. Parmi elles, l'autorité de devenir enfants de Dieu (Jean 1:12); d'avoir des possessions (Actes 5:4); de choisir entre le mariage et le célibat (1 Cor. 7:37); de décider ce qu'ils mangeront et ce qu'ils boiront (2 Cor. 10:8; 13:10); de recevoir des bénédictions particulières en rapport avec certains ministères (1 Cor. 9:4-18; 2 Thess. 3:8-9); de gouverner les nations et de manger de l'arbre de la vie dans le royaume à venir (Apo. 2:26; 22:14).

Mais jamais la Bible n'enseigne que Dieu a donné aux croyants l'autorité (exousia) sur les autres croyants! Souvenez-vous des paroles du Seigneur dans Matthieu 20:25-26 et Luc 22:25-26, où il avait condamné ce type d'autorité parmi ses disciples. Ce fait devrait suffire à nous faire réfléchir sérieusement.

Par conséquent, il est illogique que de suggérer que les dirigeants de l'Eglise auraient le même type d'autorité que les dirigeants de ce monde. Encore une fois, dans le Nouveau Testament les dirigeants ecclésiastiques ne sont jamais revêtus d'une telle autorité (exousia). Et à aucun moment il n'est écrit que certains croyants pourraient exercer une telle autorité sur les autres croyants.

Bien-sûr, l'ancien Testament parle des prophètes, des prêtres, des rois et des juges comme étant des autorités officielles. Cela vient de ce que ces "postes" étaient une ombre du ministère du Seigneur Jésus Christ Lui-même. Christ est le vrai Prophète, le vrai Prêtre, le vrai Roi, le vrai Juge. Mais jamais le Nouveau Testament ne décrit un dirigent ecclésiastique comme étant une autorité officielle.

En fait, l'idée que des chrétiens pourraient avoir de l'autorité sur d'autres chrétiens montre ni plus ni moins une exégèse erronée. En tant que telle, elle est sans appui biblique. Lorsqu'un dirigent ecclésiastique exerce le même type d'autorité que les officiers gouvernementaux, c'est un usurpateur!

Il est vrai qu'il s'exerce aussi, dans l'Eglise, une certaine autorité. Mais elle est fondamentalement différente de celle du monde naturel. Ceci n'a de sens que dans la mesure où l'église n'est pas une organisation humaine, mais un organisme spirituel. L'autorité qui s'y exerce n'est pas une autorité officielle; c'est une autorité biologique.



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